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Plus torturé que lui, tu meurs !

Pas facile à cerner dans ses méandres artistico-philosophique, le Ben K ! Philippe de son prénom.

Sous une apparence plutôt frêle, l'homme dégage une énergie aussi forte que ses abattements peuvent le plonger dans un désarroi quasi-existentiel. Perfectionniste dans l'âme, il mène de pair, avec une même quête de l'esthétisme, sa vie d'homme accompli et son statut d'artiste qu'il revendique haut et fort, sans fausse pudeur. Il est entier. Sans concession pour qui ne le pratique pas, voir crispant avec cette soif éternelle de reconnaissance.

D'aucune école, si ce n'est celle de la rue sous toutes les latitudes (dans une trentaine de pays), c'est, si l'on peut dire, sur le “tas” qu'il est allé mettre la main à la pâte. “Mes voyages ont été mon université!” affirme-t-il. Du dessin, quand il était gamin, à la sculpture dont il vit aujourd'hui, son parcours artistique fut des plus atypiques et ses deux passages éclairs en faculté de médecine (6 mois) et aux Beaux-Arts, qu'il quitte pour Cupidon, une incartade dans son curriculum vitae. L'artiste en question n'était pas fait pour ça : “J'ai toujours eu les mains dans la matière ainsi que la passion des belles pierres et des jolies demeures,” souligne-t-il. Rien de tel qu'un détour par le bâtiment, entre maçonnerie et pose de pavés dans les zones piétonnières. “Comme manœuvre, je gâchais le mortier et poussais les brouettes pour des tâcherons italiens, de véritables artistes. J'en ai ch..., avoue-t-il, mais je savais que je ne ferais pas ça toute ma vie.”

Pour avoir longtemps “vagabondé” au gré de ses compagnonnages, Ben K a beaucoup appris et retenu. L'essentiel qu'il met aujourd'hui à profit : “Entre une sculpture et une maison, c'est un peu du pareil au même, explique-t-il. On part de rien et on monte un volume que l'on peaufine jusqu'à ce que la noblesse de la forme fasse oublier la matière.” Et de Conclure : “Un taureau en béton peut-être esthétique, une fleur ne le sera jamais!”
Dans la mouvance “Peace and love” des années 70 qui “s'embarque” sur les routes de Katmandou au Népal, lui, opte plus au Sud. Avec un copain, Laurent. Direction l'Australie, arrêt au Sri Lanka et, sur le conseil d'une rencontre de passage, tous deux bifurquent sur le Japon. A Osaka, base arrière de leur gîte nocturne, et à Kyoto, ancienne capitale impériale, pour commercer sur le bitume. Durant plus d'un an, à la sortie du métro : “C'est d'ailleurs là-bas que j'ai vendu mes premiers dessins, se remémore-t-il. Des poulbots à la ”sauce nippone”, fallait bien vivre!” De son séjour au pays du Soleil levant, il a ramené l'esthétisme, malgré des paradoxes criants selon ses dires, et sa culture zen. “Une connivence que je partage avec les japonais, et que depuis j'essaie de traduire dans mes réalisations.”
Quand à la Camargue, le virus paternel y est aussi pour beaucoup. “Il en était tombé amoureux, nous y passions toutes nos vacances. De là, mon attirance pour les taureaux qui restent mon sujet de prédilection.”

De la statuette à la pièce de plusieurs tonnes, chaque sculpture de Ben K est unique, pensée, rêvée la nuit. A la limite de l'obsession. L'âme du créateur, en quelque sorte : “C'est le charme d'un métier où, pour ne pas copier ce qui est déjà fait, tu utilises ton esprit pour rester libre de ta création. L'essentiel, poursuit-il, est dans le désir qui doit t'accompagner à chaque étape de ton travail.”
Dans sa démarche intellectuelle à sublimer le taureau au travers de ses réalisations, c'est dans la mystique pré-judéo-chrétienne entourant le culte de Mithra que l'artiste puise son inspiration. Ainsi, un matador avec un tête de taureau trouve, chez lui, une explication rationnelle : “C'est comme ça que je l'ai vu dans l'arène...” Point barre. Aux antipodes du conformisme culturel ambiant, Ben K a choisi “la voie lactée” de l'imaginaire. Un Eden de la beauté, loin des laideurs d'ici-bas, dont il veut faire profiter le plus grand nombre, pas seulement les nantis. Il est comme ça, simple et complexe à la fois, avec son côté abbé Pierre de la sculpture pour tous : “Ma démarche artistique est un acte de partage, c'est aussi ma façon d'aimer.” Sollicité pour des collections privées, des expositions et par de nombreux clubs taurins Paul Ricard pour des trophées, il est sur tous les fronts de la tauromachie. Avec, en point d'orgue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, une superbe et monumentale sculpture appelée “Camargue”. Sans aucun doute, à ce jour, son oeuvre maîtresse : “Mon idée était de donner un image de la Camargue au centre de sa capitale, en associant ses composantes naturelles que sont l'eau, le cheval, le taureau et le gardian.” Inaugurée le 1er janvier, la sculpture, largement subventionnée par l'U.C.T.P.R, nécessita deux années de recherche et de travail à son auteur.
Enfin, consécration suprême pour ce dernier, un séjour prochain en Toscane. Invité par Fausto Berhardini, professeur à l'Ecole de sculpture de Carrare, mondialement connue pour sa formation de tailleur sur marbre, l'élève Ben K signe là un nouveau chapitre à un répertoire déjà bien rempli.

Michel Mauduit

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